La Côte d’Ivoire a renforcé ces dernières années sa mobilisation fiscale, atteignant un ratio impôt/PIB de 14 %. Pourtant, certains secteurs restent largement sous-imposés, et l’agriculture figure en tête de liste, selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’économie ivoirienne.
L’étude révèle un déséquilibre notable entre les différents secteurs : alors que l’industrie et les services réalisent respectivement 63 % et 80 % de leur potentiel fiscal, les sociétés agricoles ne contribuent qu’à hauteur de 2 % de leur potentiel en impôt sur les bénéfices. Les produits d’exportation agricoles sont particulièrement concernés, avec seulement 1 % d’effort fiscal pour la pêche et les produits forestiers. En clair, une grande partie de la richesse agricole échappe à l’impôt sur les bénéfices.
Selon le rapport, cette situation résulte de plusieurs facteurs : régimes fiscaux préférentiels, exonérations pour raisons sociales ou politiques, complexité administrative et importance du secteur informel. Bien que celui-ci ait diminué de près de 10 points de pourcentage du PIB depuis les années 2000, il demeure prépondérant, employant plus de 80 % de la population active et limitant l’élargissement de l’assiette fiscale.
Malgré ces constats, l’agriculture ivoirienne contribue néanmoins aux recettes de l’État par d’autres canaux, notamment la fiscalité de porte et les prélèvements parafiscaux. Le cacao illustre ce paradoxe : première filière d’exportation du pays, il a généré 1,76 million de tonnes en 2023/2024, rapportant 3,6 milliards de dollars de recettes. L’État a perçu 692 millions de dollars au titre des droits uniques de sortie, soit près de 20 % des revenus d’exportation. Le rapport souligne que le cacao reste l’activité la plus taxée du pays, avec une charge fiscale totale pouvant dépasser 50 % des bénéfices des producteurs.
D’autres filières, comme le cajou ou le caoutchouc, contribuent également via la fiscalité de porte, confirmant que les flux commerciaux sont davantage taxés que les bénéfices nets. La TVA agricole reste globalement solide, avec un effort fiscal de 62 %, mais un taux de fraude de 41 % persiste.
Le rapport ne pointe aucune entreprise en particulier, mais questionne les choix fiscaux de l’État. Entre taxes sur les exportations et faible impôt sur les bénéfices, la Côte d’Ivoire semble privilégier un modèle qui repose sur les flux commerciaux plutôt que sur les profits, un arbitrage d’autant plus crucial que le ratio impôts/PIB reste inférieur à la norme communautaire de l’UEMOA.
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